Quand j'ai pris la décision de garder l'enfant que je portais, j'ai fait à cet instant le choix d'être une mère avant tout autre chose.
Oh, à ce moment là, j'avais bien une petite idée du tournant que prenait ma vie mais je n'avais pas pris conscience à quel point il serait radical.
Je ne veux pas dire non plus que toutes les femmes dans ma situation font ce choix là mais je n'ai pas eu l'opportunité de reprendre le fil que j'ai laissé pendre pensant à tort que j'avais la vie devant moi !
Tout ce que j'ai fait dans ma vie c'est avant tout pour le mieux de mon fils et ensuite de ma fille.
Après la naissance de mon fils , j'ai effectué toutes sortes de boulot et de formation ne me contentant pas de toucher les allocs .auxquelles me donnait droit mon statut de parent isolé.
Entre des emplois purement de survie, des formations variées mais dans le seul but d'avoir de l'expérience, de jours de nuit, j'ai élevé mon fils , ai tenté de lui donner une vie normale malgré l'absence de son père.
Mon rêve de devenir journaliste n'était plus possible, j'avais décidé de me tourner vers la profession de bibliothécaire -documentaliste. Ce qui me convenait plutôt bien, mon amour des livres, ma soif de connaissances et mon goût à les partager , j'avais un nouveau but et tout se passait plutôt bien
Je me préparais à l'examen du CAFB.
Pour cela, j'avais économisé une somme importante !
Même si elle était rémunérée, cette formation nécessitait que je parte loin de chez moi, toute la semaine.
Que je paye le transport, le logement, la nourriture et les frais de toutes sortes mais j'étais gonflée à bloc et même si je savais que le changement de vie pour mon fils aurait des répercutions sur notre relation, il fallait que je le fasse ! Cet éloignement allait être catastrophique...
D'autre part, la ville où j'arrivais un dimanche soir en sortant de la gare était celle d'un épisode douloureux de ma vie, enfoui et que je croyais à tort oublié, digéré.
Ce quartier de la gare où quelques années auparavant, j'avais été violée et séquestrée plusieurs jours avant d'être relâchée miraculeusement.
Néanmoins, ces mauvais souvenirs m'ont hantée durant mon séjour, cauchemars, mauvaises nuits, insomnies, doublées bientôt de difficultés financières, je n'avais plus les moyens de me nourrir correctement, j'ai maigri énormément, fatigue, surmenage, enfant très perturbé, reproches de mes parents qui le gardaient en mon absence ! Histoire cahoteuse avec l'homme dont j'étais très mordue tout cela a concouru à l'échec dans l'obtention de mon certificat.
Il me manquait une unité de valeur pour être reçue. !
Je me souviens des mois qui suivirent, ma santé physique et psychologique des plus défaillante, les relations avec mon fils éprouvantes !
J'ai remonté la pente peu à peu , repris espoir , trouvé un emploi intéressant dans une librairie qui aurait dû perdurer mais c'est une autre histoire ...
Je continuais parallèlement des cours par correspondance et gardais la nuit des enfants.
J'ai rencontré P en novembre 1990, me suis installée avec lui 9 mois plus tard dans sa région !
J'ai pris ce jour là cette décision pour le bien de mon fils.
A la lumière de ces 7 années, je ne peux supporter que l'on me dise gratuitement que je n'ai rien fait pour me réaliser personnellement où que je me complais à dire que j'ai raté ma vie.
Je pense avoir le droit de dire que ma vie a basculé quand j'ai fait passer mes désirs de mère avant ceux de la femme que j'étais.
Qui, je serais devenue si ma vie n'avait pas pris ce court ?
Cela me blesse énormément parce que les cicatrices non refermées deviennent vite des plaies béantes en réaction à des propos injustes.